Sucrées !
Au fond, il n’était pas beaucoup plus différent que nous. C’était certes le seul roux, oui et alors ? Bon, et il portait une boucle d’oreille, mais ça ne fait pas de lui quelqu’un de paranormal, si ? Quelle mort atroce nous lui avons offerte. J’ai honte de moi, honte de nous. Jessica, Roberto et moi avons été odieux.
Il y’avait quelque chose que nous aimions chez lui, c’était sa manière de dire bonjour, qui je dois bien l’avouer était fort chaleureuse. Il aimait les bisous, lui, oh oui, Tobias il aimait ça ! Il en demandait tant, même à certaines adultes, comme cette … Annie, la femme qui était venue donner un cours d’éducation sexuelle. Il n’aimait pas trop les garçons, peut-être était-ce parce qu’eux n’éprouvaient même pas un minimum d’affection voire même de pitié à son égard. Les handicapés n’ont pas leur place dans une école ‘normale’ selon certains d’entre eux. Je me rends compte avec du recul que j’ai été pire. Nous nous sommes servis de lui comme un jouet mobile, comme un chien mécanique rigolant systématiquement à tout ce que l’on disait… Même si nous tenions des propos parfois un peu acides envers lui, il rigolait. Je n’ai jamais vu un garçon avec une telle grâce. Mais un jour, nous avons été trop loin.
C’était un vendredi des plus normal, Roberto allait arriver d’une minute à l’autre avec Jessica. Ils faisaient absolument tout ensemble. Mais aujourd’hui, pour je ne sais quelle raison, Tobias était arrivé bien avant eux deux. Ce n’était pas dans ses habitudes. Un autiste ne perturbe en général ses habitudes pour rien au monde.
- Salut Tobias, comment tu vas aujourd’hui ?
- Eh eh, bien b-bien et toi cocotte ? Eh
- Ca va… comment ça se fait que tu sois déjà là ?
- J-je voulais te pa…
- Me parler ? Mais de quoi ?
- Tobias, Manon, on est arrivés !
Tobias avait l’air mécontent de les voir, je ne l’ai jamais vus avec un tel regard. Il ne voulait d’ailleurs plus me dire de quoi il voulait qu’on parle. Plus tard dans la journée, quand Tobias s’était absenté pour discuter d’un sujet physique quelconque avec le professeur, Rob’ en avait profité pour nous demander si nous faisions quelque chose ce week-end. Il voulait qu’on se retrouve au Parc du Fort, le parc prêt du conservatoire, pour écouter lorsque son frère allait s’entraîner au violon. Pendant ce temps-là nous boirions un ou deux verres de Martini et nous jouerions ensuite au jeu de la bouteille. Nous avions légèrement modifié les règles du jeu, comme nous ne voulions pas nous embrasser, bien que Rob aurait aimé, nous nous posions simplement une question à laquelle l’on se devait de répondre.
A midi, nous avions décidé d’aller faire un tour au parc pour voir l’endroit idéal où s’installer le lendemain. Biensur Tobias était avec nous, mais il n’était pas au courant de notre projet. Mais, on ne pouvait bien entendu pas faire confiance à Jessica pour qu’elle se taise un minimum :
- Alors c’est là qu’on se retrouve demain dix-huit heure ? Ouups …
- Jessss !
Tobias avait l’air déçu et dit :
- V-vous sortez demain soir ?
- Bien c’est que ... A vrai dire … Enfin … Oui …
- Pourq…
- Pourquoi on ne t’a pas prévenus ? C’est juste que nous faisons ça à nous trois depuis déjà trois ans et on s’est dit que tu ne voudrais de toute façon pas venir.
- Si s-si, je ne fais jamais rien de bien le samedi ! Eh eh.
- Bon, eh bien rendez-vous ici à dix-huit heure demain ok ?
- Com-com-comptez sur m-moi !
Après cette petite discussion, nous sommes repartis en cours, et, comme nous l’avions tous espéré, le prof de Sciences sociales n’était pas présent. Il était probablement occupé à boire sur Venus ou sur Jupiter. Certains éducateurs en venaient parfois à se demander si ce prof allait redescendre sur Terre…
Le lendemain, Rob et Jess étaient comme d’habitude en retard, tandis que Tobias était là, déjà assis dans l’herbe. Il avait installé une petite couverture, juste assez grande pour deux personnes. Je me suis approchée, je lui ai dit bonjour, et il m’a dit ensuite qu’il avait prit cette couverture là en pensant à Moi. Ca m’avait légèrement troublée. Comme les deux autres n’étaient toujours pas là, j’en avais profité pour demander à Tobias de quoi il voulait me parler la veille. Il m’a dit Je t’aime.
Rob et Jess arrivés, heureusement ils avaient pensé à emmener une couverture, le jeu pouvait débuter. Chacun avait son verre de Martini et rob’ sortit une bouteille vide de son sac à dos.
- A toi l’honneur Tobias !
- Eh eh, cool, merci Rob, eh eh quel honneur !
- …
J’espérais de toute mon âme que ça ne tombe pas sur moi. Tobias me regardait fixement. La bouteille se stoppât sur moi.
- T-tu veux m’embrasser pour savoir quel goût ça a mes lèvres ? Eh eh !
- Heu … Tobias …
- Allons Manon, répond à Tobias !
Rob et Jess s’étaient mis à rire comme des imbéciles.
- Qu-qu’y’a-t-il de drôle ?
- Allons Manon, tu attends quoi ?
- JE VAIS PAS EMBRASSER UN AUTISTE ROUX ET HANDICAPE BORDEL DE MERDE !
C’est là que j’ai gaffé. Le niveau de l’ambiance venait de descendre en dessous de zéro. Tobias, me regardait méchamment. C’était très troublant, j’avais peur et j’étais mal de ce que je venais de dire. Mais, j’étais énervée à cause de ces deux cons.
Tobias partit aussitôt en disant « Je vais laisser les <<normaux>> entre eux ». Nous n’avons pas tenté de le rattraper car au fond, c’est un peu ce que Rob et Jess voulaient. Voir Tobias malheureux les faisait jubiler. Nous avons ensuite longuement discuté de notre comportement et avons prit quelques résolutions qui malheureusement n’auront servies à rien.
Le lendemain, Tobias ne s’est pas présenté aux cours. Au bout de quelques minutes, le directeur est entré dans la classe et n’eut pas de mal à obtenir notre attention.
- Votre camarade, Tobias, a été retrouvé ce matin, mort… Dans son lit, les veines coupées. Veuillez excuser la froideur de la manière dont je vous l’annonce, sachez juste qu’il serrait très fort dans sa main, une photo de Roberto, de Jessica et de Manon jusqu’à son dernier instant. Les élèves dont le nom a été cité, veuillez je vous prie venir dans mon bureau. De suite.
- Ou … Oui !
Dans le bureau, le directeur dit les yeux attristés :
- Je veux que l’on me dise ce qu’il s’est passé !
- Eh bien …
Après lui avoir expliqué en détails, il nous dit que la moindre des chose serait d’aller au crématorium assister à l’incinération de Tobias.
J’était la seule de nous trois à m’être présentée. Quand petit à petit la salle se vidait, je me suis approchée de Tobias. La vue de son corps inerte dans ce cercueil en bois marbré me donnait des frissons. Quand vraiment il n’y eut plus que moi dans la salle, je posai un baiser sur ses lèvres et je dis ensuite :
-Elles sont… sucrées. Moi aussi je t’aime
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Les allinéas sont foireux .. tant pis ... Compliments/critiques sont els bienvenus, les remarques méchantes je m'en passe!
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